Claude Mollard


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Abbaye de Silvacane - France (expo Décembre 2007)

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Les Origènes hantent les murs de l’abbaye«ènes de l’intérieur» qui jouent avec les ombres froides de la pierre. Mais aussi «ènes de l’extérieur», qui tournent avec le soleil, comme des tournesols minéraux, à l’exception de ceux du Nord, côté plaine et lit de la Durance, les gris et les verts de mousse, humides et frais tout au long de l’année. Les autres, ceux des trois autres horizons, sont pétris de reliefs contrastés, comme des pleins et des déliés qui écrivent sur les murs le long poème des visages des êtres qui ont vécu en ces lieux et qui glissent sur les surfaces verticales comme glissent les heures. Ils en font comme le cadran solaire de leurs visages sans cesse renouvelés.

Aux
«ènes extérieurs minéraux» s’ajoutent les «ènes végétaux». Ceux du tronc du grand platane qui veille devant l’entrée du site sacré, ceux du figuier son voisin, plus rares, ceux de la rangée des ifs qui semble prolonger le mur Nord de l’église, le long du jardin, jusqu’à l’endroit où le monticule naturel qui sert d’assise à l’abbaye, s’effondre vers la rivière.

A l’Est, il faudra aussi découvrir les
«ènes interdits», dans un fouillis de restaques en pente limitées par un large mur de clôture percé d’une porte voûtée. Au-delà, c’est le règne de la nature sauvage et des arbres abattus, morts, d’une lente pourrissure génératrice de formes imaginaires. Ici, fleurissent «fleurs du mal» qui apportent leur cortège d’êtres grotesques et démoniaques, des sataniques, des drolatiques, des grimaçants et des hurleursl’ordre rigide qui a réglé la vie du monastère semble ne pas les avoir touchés.

Ces Origènes sauvages contrastent étrangement avec les esprits de l’église, silencieux et méditatifs, figés dans les roideurs des pierres. Aujourd’hui, Silvacane réunit les deux mondes, celui religieux de la culture, des chants rituels qui y résonnent encore lorsque le Festival de la Roque d’Anthéron vient y donner de l’instrument et de la voix, et celui encore païen qui plonge ses racines dans la terre primitive d’avant les moines, les philosophes et les sages…

Mais le panorama des peuples figuratifs de Silvacane ne serait pas complet sans les
«ènes graphiques», à plat sur les murs, les traces les plus simplescelles-ci subsistent dans le dortoir, avec des lettres couleur sang et celles-là, en noir, dehors, au-delà des ifs, sur le vieux mur d’une ruine où des lichens minuscules ont inscrit des visages d’ombres, semblables à ceux que dessinait, trente ans plus tôt, dans les collines des Alpilles, Mario Prassinos.

En reliefs ou en à-plats, à l’intérieur ou à l’extérieur, minéraux ou végétaux, les Origènes du lieu se donnent la main pour entamer comme une grande danse joyeuse, car ils ont été réveillés par un regard neuf. Peu importe qu’ils ne soient pas de mêmes conditions. Au-delà des différences de formes et de positions, ils expriment tous une parcelle de ce que fut l’histoire et la vérité des êtres qui ont hanté et hantent encore le site habité de Silvacane. Dans leur passé enfoui et réveillé, comme dans leur présent éclairé et encore obscur…


Claude C. Mollard


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