VOIR
"Si je retrouve dans les Origènes les visages de Freud ou de Mitterrand c'est que, comme chez tout homme, le regard est mimétique.
Je regarde, je vois, je reconnais : tel est l'ordre de l'intelligence visuelle. Le visage reconnu est comparé soit à un visage imaginaire, animal ou humain, et il enrichit alors mon propre imaginaire et nourrit ma mémoire; soit à un visage existant, déjà présent dans ma mémoire : visage quotidien de ma vie (parents, conjoint, enfants, proches...), ou visage lointain des grands de ce monde : ainsi naissent les "célébrités".
Cette catégorie d'Origènes permet de pousser un peu plus loin l'idée de mimétisme, car les visages des grands sont connus de tous : la reconnaissance devient donc évidente et universelle. Elle me conduit à constater la ressemblance : ce visage est et n'est pas le modèle auquel je le compare. La ressemblance me pose donc question : être et ne pas être est l'origine de l'intelligence et du développement de la conscience. Mais aussi du langage : je compare donc je parle et je nomme. Donc je pense.
La reconnaissance permet aussi de juger que toutes les expressions et tous les détails des visages de tous les grands - et même ceux des plus modestes- sont contenus dans la nature. L'homme ne fait donc que reproduire ses formes. Car l'homme n'a pas fini de s'extraire de la gangue ou de la matrice qu'elle forme autour de lui... Et d'ailleurs le voudrait-il qu'il ne le pourrait pas. C'est sa grandeur, c'est aussi sa tragédie."
Claude Mollard







